Fin août est sorti un nouvel essai de l’universitaire Jennifer Tamas, chercheuse française en littérature, spécialiste du XVIIe siècle, qui travaille à l’université Rutgers aux Etats-Unis. Après avoir travaillé en 2023 dans son livre Au non des femmes sur la notion de consentement féminin dans les textes de Racine, Perrault ou de Villeneuve, Jennifer Tamas s’intéresse cette fois-ci à un texte en particulier, La Barbe bleue de Perrault, dans un livre dont le titre, Barbe Bleue, contre-enquête. Ce qui fait trembler les hommes (Seuil, 2026), dévoile le programme : il s’agit d’une enquête approfondie, quasi policière, sur les crimes de Barbe bleue, mais aussi et surtout sur les enseignements que nous apportent les relations tendues entre Barbe bleue et son épouse concernant les rapports entre hommes et femmes aujourd’hui. L’autrice confirme ainsi son intérêt pour l’histoire de la représentation des rapports amoureux et des relations entre hommes et femmes dans la littérature, en se saisissant d’un texte fondateur particulièrement important, Barbe bleue étant devenu, à l’instar de Don Juan ou Faust, un mythe littéraire dont la présence se retrouve partout dans la culture, populaire ou non, depuis l’époque de Perrault.
Ma position
Une fois n’est pas coutume, je vais m’appesantir sur l’endroit d’où je parle. Je suis professeur documentaliste, affecté à plein temps dans un collège en Indre-et-Loire, et c’est donc dans mon temps libre que je mène des recherches en histoire de l’art en tant que chercheur associé au laboratoire Intru de l’université de Tours. Mon temps consacré à la recherche est de ce fait nécessairement très limité, et je n’ai accès à aucune bourse ou aucun financement qui me permettraient de prévoir des séjours de recherche m’autorisant à mettre au jour de nouveaux corpus ou de nouvelles archives, dépendant fortement de ma bibliothèque universitaire locale et de ce que je peux arriver à trouver sur Internet (qui ne contient pas tout, loin de là) pour me documenter. Depuis plusieurs années (au moins depuis 2023), je travaille sur la réception du conte Barbe bleue, sous l’angle iconographique notamment, et depuis 2024 environ j’ai commencé à poser les bases d’un livre sur le sujet, encore en cours d’écriture.
Il est donc délicat pour moi de voir paraître, sous la plume d’une chercheuse professionnelle, dont c’est le métier de publier des livres, un livre sur un sujet assez proche du mien. Mon angle sera nécessairement assez différent : mon point de vue est celui d’un historien de l’art, qui analyse et interprète des images au regard d’un contexte historique et culturel, et je m’intéresse davantage à la réception du texte de Perrault que Jennifer Tamas, qui s’appesantit essentiellement sur son contexte de création. Malgré tout, le fait est que Jennifer Tamas adopte un point de vue très proche de l’un de ceux que je voulais aborder dans mon livre : analyser la figure de Barbe bleue à l’aune des nombreuses réflexions contemporaines sur les violences sexuelles et sexistes : féminicide, culture du viol, #metoo, procès Pelicot…
Dont acte. Il faut dépasser ce premier sentiment de gêne ou d’envie, qui compare à mon désavantage des contextes professionnels très différents au sein duquel des recherches similaires sont menées. Il me faut me dire que mon propre travail sera nécessairement assez différent de celui de quelqu’un d’autre, nourri par un bagage intellectuel singulier, un point de vue propre, une manière d’écrire et des habitudes de raisonnement spécifiques. Il faut, surtout, se garder d’une réaction de défense de pré carré qui nuit au libre fonctionnement de la recherche académique, et qui peut générer des biais de lecture : le sujet « Barbe bleue » n’appartient à personne, et d’ailleurs Jennifer Tamas est loin d’être la première à s’en être emparée ces dernières années (en France Alain Montandon, Florence Fix, Hermeline Pernoud ou Pierre-Emmanuel Moog s’y sont notamment intéressé). En somme, je dois dépassionner ma lecture du livre de Jennifer Tamas, et le considérer pour ce qu’il est, indépendamment des affects que j’ai pu éventuellement avoir à sa lecture, pour avoir une appréhension claire et rationnelle de son travail. Prendre du recul, laisser le temps mûrir la réflexion après lecture.
Un livre intelligent
Et le fait est que, recul pris, le livre de Jennifer Tamas s’avère indubitablement intelligent. Il s’agit donc d’une enquête, qui décortique lentement le texte de Perrault, et qui chapitre par chapitre tente d’en donner une explication en multipliant les hypothèses de lecture, fondées notamment sur une interprétation à l’aune du contexte juridique et moral de l’époque. Analyser les relations entre époux dans ce texte publié en 1697 semble en effet difficile sans une appréhension des normes juridiques et sociales du mariage à l’époque de Louis XIV, ce qui conduit même la chercheuse à faire de ce texte une « archive de l’imaginaire nuptial ». Beaucoup de questions sont explorées au fil du livre. Comment expliquer que la jeune femme passe, à propos de Barbe bleue, du dégoût au désir (chap. 1) ? Barbe bleue n’a aucun enfant : derrière la violence du personnage, n’y aurait-il pas un enjeu lié à la reproduction, et à la défloration d’une nuit de noces qui n’est jamais décrite dans le texte (chap. 2) ? Que signifie exactement le fait, pour Barbe bleue, de conserver les cadavres de ses anciennes épouses dans son cabinet interdit (chap. 3) ? Pourquoi le motif de la curiosité a-t-il amené Barbe bleue à tuer ses anciennes femmes, et en même temps a permis à la dernière, à l’inverse, de se libérer de son époux monstrueux (chap. 4) ? Comment se fait-il que Barbe bleue réagisse de manière aussi violente à la désobéissance de sa femme : n’aurait-il pas peur de quelque chose (chap. 5) ? En fin de conte, c’est Barbe bleue qui est assassiné : derrière cette histoire de meurtre de femmes ne se cacherait-il pas une peur du meurtre des hommes (chap. 6) ? L’émancipation des femmes ne devrait-elle pas passer par une existence hors mariage, telle que la pense Gabrielle Suchon à l’époque de Perrault (chap. 7) ?
La lecture du texte de Perrault se nourrit non seulement des travaux déjà existants sur le sujet (Ute Heidmann, Pierre-Emmanuel Moog, Alain Montandon…), mais aussi de nombreux travaux sur la société d’Ancien Régime, les droits qui y ont cours, les mœurs et les crimes qui la parcourent, les débats littéraires et moraux, notamment concernant la galanterie et l’émancipation des femmes, qui y prennent place. Surtout, elle met au jour des documents d’archives, qui permettent, selon les méthodes de la micro-histoire, de « faire parler » des micro-événements, des faits divers, en les mettant en relation avec un contexte moral, politique ou juridique plus large, qui évoque des questions laissées la plupart du temps sans réponse dans le récit écrit par Perrault. Enfin, Jennifer Tamas se saisit de certains éléments de réception et d’intertextualité du texte perraltien pour mieux en faire ressortir les singularités ou en élucider les énigmes : sa réécriture par Anatole France, ses variations dans les contes de tradition orale ou dans les versions très différentes que donnent Mme d’Aulnoy (Le Prince marcassin) ou Mme de Murat (Le Roi porc) du récit d’une union avec un « époux monstrueux », ses sources dans le conte de Psyché d’Apulée.
Il s’est donc agi ici avant tout de faire des liens entre beaucoup d’éléments très différents, et c’est en ce sens que le livre de Jennifer Tamas est intelligent, dans la mesure où, étymologiquement, l’intelligence renvoie à l’idée de faire le tri et d’établir des relations entre les choses (préfixe inter : entre, parmi ; radical lego : recueillir, choisir). Le lien fait entre le meurtre de Barbe bleue et l’affaire Tiquet, par exemple, éclaire d’un jour nouveau le texte de Perrault, qui permettrait d’y voir une mise en garde des hommes vis-à-vis des femmes qui tenteraient de tuer leur mari. Si la chronologie, que ne rappelle pas explicitement l’autrice, empêche de voir dans le récit de Perrault, écrit dès 1695, une allusion directe au fait divers qui a éclaté en 1699 et s’est terminé avec la condamnation à mort d’Angélique-Nicole Carlier, épouse Tiquet, pour tentative de meurtre sur son mari, les échos symboliques en demeurent éclairants : « tout désordre conjugal remet en question l’ordre patriarcal » (p. 197).
De même, la chercheuse rappelle à de nombreuses reprises à quel point le contexte matrimonial est à l’époque délétère et générateur de tensions entre époux. Non seulement les mariages arrangés, dans les classes sociales supérieures, étaient la règle, inscrivant les rapports nuptiaux sous le signe de la méconnaissance des principaux concernés ainsi que sous celui des transactions financières, mais la soumission de l’épouse à son mari relevait d’une norme juridique, morale et religieuse. Par ailleurs, l’ignorance dans laquelle étaient élevées les jeunes filles ne favorisait pas une compréhension éclairée des enjeux physiques de la nuit de noces, ni de la vie quotidienne sous le joug des maris. Dans ce contexte, Jennifer Tamas rappelle de manière pertinente que Perrault, certes ennemi du misogyne Boileau dans la Querelle des Anciens et des Modernes, se fait néanmoins dans l’Apologie des femmes l’avocat avant tout du mariage et de la sujétion des femmes à leurs maris, plutôt que d’une émancipation de ces dernières. Il est difficile en effet de faire de Perrault un féministe avant l’heure, ce qui se constate assez bien dans son conte en vers Grisélidis, ainsi que dans les deux moralités que l’écrivain ajoute à La Barbe bleue pour, nous dit la chercheuse, contrebalancer le fait que l’épouse « s’en sort à la fin » : l’une pour condamner l’éternelle curiosité des femmes, l’autre pour repousser dans un « autrefois » révolu la brutalité des maris, et laisser clairement entendre que les femmes de son époque ne sont pas à plaindre. Derrière ces moralités, il serait ainsi possible de lire
« une angoisse sourde qui travaille […] la société d’Ancien Régime et dont il reste quelque chose aujourd’hui. Les hommes redoutent d’être instrumentalisés à leur tour puisque leurs biens les muent de facto en poules aux œufs d’or. […] Si le texte de Perrault est à ce point complexe, c’est peut-être aussi pour montrer que le mari, tout comme sa femme, sont aveuglés par leurs intérêts et leurs passions : l’éblouissement du pouvoir s’amalgame à l’émoi sexuel. » (p. 166)
La Barbe bleue, un texte à pistes multiples
Jennifer Tamas fait justice à la complexité du texte de Perrault, en se gardant d’en faire une lecture clairement univoque. Par exemple, au sujet du cabinet interdit, elle explore successivement les pistes du cabinet d’illusions destiné à impressionner les épouses (l’épouse n’ayant vu les cadavres qu’à travers le miroir indirect et impossible d’une flaque de sang caillé), du cabinet de curiosités permettant d’y conserver une collection macabre, du tombeau permettant de garder le souvenir des épouses défuntes, ou encore d’un garde-manger satirique fonctionnant comme un saloir destiné à faire mûrir une chair trop tendre et trop encline à l’adultère. Mais au final, la chercheuse adopte la thèse d’un coffre-fort permettant de soustraire à la vue les preuves de la mort de ses précédentes épouses (qui ne sont sinon réputées que disparues) afin d’éviter d’avoir à reverser aux familles des défuntes les dots obtenues lors de ses différents mariages. « C’est ainsi que l’on peut lire La Barbe bleue comme un conte d’appropriation, c’est-à-dire d’expropriation des femmes. » (p. 109) Si la piste du coffre fort recueille la préférence de la chercheuse, elle n’annule toutefois pas complètement la pertinence des autres : l’idée de garde-manger, par exemple, pourrait rester opérante à titre métaphorique, dans la mesure où l’appropriation des biens des femmes peut être métaphorisée en dévoration ; il en est de même avec celle du cabinet de curiosités. S’il est clair que Jennifer Tamas préfère la piste du cabinet coffre-fort, elle ne conteste à aucun moment de manière explicite la pertinence des autres pistes, qu’elle prend au contraire le temps d’explorer, non (semble-t-il) pour les démonter ou les contester, mais pour établir la complexité polysémique du texte dont elle s’occupe.
Le fait est, pourtant, que Jennifer Tamas semble parfois se perdre dans toutes les pistes qu’elle met au jour, et « naviguer à vue » dans un texte dont la complexité ne cesse de s’épaissir au fur et à mesure de l’essai. Pourquoi par exemple, pour rester sur le sujet du cabinet, la chercheuse estime-t-elle que les réécritures récentes du récit perraltien par Amélie Nothomb (Barbe bleue, 2012) ou Le Silence des Agneaux (Thomas Harris, 1988) faisant du personnage un serial killer esthète (on pourrait y ajouter entre autres celle d’Angela Carter dans The Bloody Chamber) auraient moins de pertinence quand il s’agit « d’inférer de ces horreurs ce qu’elles réveillent dans l’imaginaire des femmes et des hommes du XVIIe siècle » (p. 102) ? L’argument de l’anachronisme d’une telle lecture reste bien entendu possible, mais dans ce cas pourquoi rendre opérante, dans un autre chapitre, l’intertextualité de la version d’Anatole France, qui est longuement analysée pour montrer que « la postérité de cette figure culturelle, jusqu’à aujourd’hui, permet de saisir comment se construit la permanence de la culpabilité des femmes » ? Je ne veux pas ici dire, bien au contraire, que Jennifer Tamas a tort quand elle met en valeur les mécanismes de transfert de culpabilité de l’homme vers la femme, prégnants dans le texte de Perrault comme dans celui de France, mais simplement souligner que le recours à tel ou tel aspect de la fortune culturelle du texte semble parfois motivé surtout par le désir de la chercheuse de privilégier une piste d’interprétation plutôt qu’une autre. Il pourrait à l’inverse lui être demandé, dans un refus du deux poids deux mesures, de choisir entre deux options méthodologiques : admettre que la fortune culturelle des textes dit quelque chose des textes eux-mêmes et de leur sens profond – il apparaît dans ce cas injuste de privilégier telle version (France) plutôt que telle autre (Nothomb) ; ou bien admettre que toutes les réinterprétations artistiques ultérieures du récit de Perrault sont des recréations qui parlent plus d’elles-mêmes que du texte d’origine – et dans ce cas il est impossible de s’en servir pour comprendre « ce qu’elles réveillent dans l’imaginaire des femmes et des hommes du XVIIe siècle ».
Il me semble néanmoins que cette opposition méthodologique est caricaturale, et que les réinterprétations artistiques ultérieures d’un mythe littéraire peuvent tout aussi bien révéler un angle inaperçu du texte tel qu’il a pu être compris à l’époque de sa première publication, que trahir le sens de ce texte en le poussant dans une direction qui n’était pas la sienne à l’origine. Or, en l’espèce, les réécritures de Nothomb ou de Carter me semblent tout aussi pertinentes, voire davantage que celle de France, pour comprendre les enjeux moraux à l’oeuvre derrière le texte de Perrault, y compris en son siècle. Concrètement, cela veut dire que l’idée d’un cabinet de curiosités ne doit pas seulement être mise en valeur pour son « potentiel horrifique » (p. 102), mais aussi parce qu’elle pointe vers l’idée d’une violence masculine qui passe par le démembrement et l’exposition des corps, idée qui est loin d’être étrangère au XVIIe siècle, si l’on en croit les arguments d’Ivan Jablonka dans La Culture du féminicide (Seuil, 2025). Certes, les corps du cabinet interdit ne sont jamais « exposés » comme des écorchés pouvaient l’être dans des cabinets de curiosités, et sont au contraire tenus loin des regards. Mais cette incohérence avec la thèse du « cabinet de curiosités » ne pèse pas lourd, si l’on considère tout de même d’une part la coïncidence lexicale du terme « cabinet de curiosités » avec l’un des motifs principaux du récit de Perrault, d’autre part l’idée que l’ouverture du cabinet de Barbe bleue permet, comme dans un cabinet de curiosités, d’apprendre un certain nombre de choses jusque-là inconnues, les enjeux du savoir s’articulant bien entendu avec ceux du pouvoir. Il semble difficile, du coup, de lire Jennifer Tamas dans son chapitre suivant sur la question de la curiosité et de la libido sciendi des femmes moquée, contrainte et empêchée par les hommes, sans se souvenir que le cabinet qui permet une émancipation féminine dans le récit de Perrault attise, justement, la curiosité de l’épouse, et se révèle, malgré son horreur, éclairant et merveilleux (sur un mode cauchemardesque), exactement comme un cabinet de curiosités est censé favoriser la connaissance et l’émerveillement des yeux aussi bien que de l’entendement. Dans le dictionnaire de Furetière (1690) , la curiosité est définie comme « désir, passion de voir, d’apprendre les choses nouvelles, secrètes, rares et curieuses. Il y a une bonne et une mauvaise curiosité. » Mais elle renvoie aussi à « la chose même qui est rare, secrète, curieuse. Il y a à Paris plusieurs cabinets remplis de belles curiosités. » Dans les deux acceptions, subjective et objective, la curiosité permet de qualifier une relation d’attirance, d’attrait, de désir, du fait certes d’une qualité morale du sujet, mais aussi de la beauté, ou du caractère rare, nouveau ou secret de l’objet. N’y a-t-il pas là matière à une exploration des ressorts de la pulsion scopique mise en œuvre dans La Barbe bleue ?
Un livre écrit trop rapidement
On pourrait donc suivre plus loin qu’elle ne l’a fait certaines pistes ouvertes puis refermées par Jennifer Tamas. En tout état de cause, il peut difficilement lui être reproché de les avoir ouvertes, mais peut-être de les avoir refermées de manière un peu rapide. Il s’avère que, au fil de la lecture, on s’aperçoit que c’est dans l’ensemble de l’essai que certains points sont passés, évacués, analysés trop rapidement. Parfois, il apparaît que ce sont des points peu importants, qui ne remettent pas en cause la lecture globale que fait l’autrice du texte de Perrault ; parfois, il s’agit au contraire de points névralgiques. Je n’en ferai pas ici un compte rendu exhaustif, mais il me semble important de faire remarquer certains choix lexicaux peu pertinents, digressions inutiles, interprétations malheureuses.

Parmi les points « anecdotiques », qui relèvent du détail mais ne remettent pas en cause les thèses de l’autrice :
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Quand Jennifer Tamas analyse les paroles de Barbe bleue, qui menace son épouse en lui disant que, en cas de désobéissance : « il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère », elle écrit que cela signifie « au contraire qu’il faut s’attendre à tout d’un mari. Barbe bleue euphémise la violence au moment où il suggère son caractère illimité. Le texte expose de façon limpide la logique perverse de l’intimidation. » (p. 131) Si je ne peux que tomber d’accord sur le fait que Barbe bleue menace son épouse du pire et qu’elle doit s’attendre à tout, il me semble qu’il n’y a pas ici d’euphémisme, mais au contraire une insistance, du fait de la double négation, sur le fait que l’épouse doit s’attendre à « rien », qui en français classique peut renvoyer parfois de manière pleine à « quelque chose » (Dictionnaire de l’Académie, 16941). Il me semble donc qu’ici Barbe bleue est parfaitement clair dans son intimidation, et que la double négation qu’il utilise a pour fonction d’exagérer, voire d’hyperboliser sa menace, plutôt que de la réduire ou de l’euphémiser. Partant, il ne s’agit pas à cet endroit précis d’un marqueur permettant de déduire une « logique perverse de l’intimidation ». Cette intimidation est perverse en effet, puisque Barbe bleue dit une chose puis son contraire en montrant la clé d’un côté, et en interdisant de l’utiliser de l’autre ; toutefois cette perversité ne se manifeste pas au moment d’expression de la menace, mais à celui d’expression de l’interdiction. Pour le dire autrement : Barbe bleue est présenté clairement et sans ambiguïté par le texte comme colérique et menaçant, même si ses intentions quant à ce qui doit être fait de la clé (veut-il que sa femme l’utilise ou non ?) restent troubles, et peuvent de ce fait laisser au lecteur la possibilité d’imaginer une manipulation psychologique.
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Jennifer Tamas écrit (p. 116) que la morale de Perrault « a été effacée de la plupart des versions destinées aux enfants ». Il semble au premier abord évident que le champ éditorial de l’édition pour la jeunesse a pu, depuis sa naissance au XVIIIe siècle, favoriser un tel caviardage, étant donné les enjeux éducatifs qui le parcourent et qui ont pu légitimer nombre de modifications éditoriales, la plupart du temps non avouées. Malgré tout, il suffit de se rendre en bibliothèque aujourd’hui pour aller consulter des albums ou anthologies reprenant le texte de Perrault, et y voir reproduites les moralités en excipit. (Les moralités sont par exemple absentes de l’album illustré par Dedieu pour Gallimard, mais présentes dans l’album illustré par Elsa Oriol chez Kaléidoscope, dans celui illustré par Frédéric Bélonie chez Actes Sud, ou dans Le Grand Livre de contes de Gallimard Jeunesse…). On ne voit donc pas ce qui vient motiver le « la plupart » de la chercheuse, qui aurait pu être plus prudemment remplacé par un « souvent », voire un « parfois ». Ce n’est bien sûr ici qu’un micro-détail d’écriture qui ne remet rien en cause du reste de l’ouvrage, mais qui montre que la chercheuse a écrit parfois un peu trop rapidement, sans vérifier ce qu’il en est réellement des choses qu’elle affirme : peut-être a-t-elle raison, mais il s’agirait d’aller vérifier sur pièces.
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Quand elle développe la piste du cabinet d’illusions (ce ne sont pas ses termes, mais les miens, au vu de son hypothèse selon laquelle le cabinet interdit et son contenu relèveraient d’« une mise en scène destinée à nous terroriser et à conditionner les jeunes femmes », p. 96), Jennifer Tamas émet l’hypothèse que les femmes auraient été tuées ailleurs, puis leurs corps traînés jusqu’au cabinet, hypothèse par ailleurs tout à fait plausible étant donné que Barbe bleue, au moment d’égorger sa femme, ne se situe pas dans le cabinet mais en bas des escaliers. Jennifer Tamas écrit ici pour appuyer cette hypothèse : « À la fin du conte, on voit bien que Barbe bleue tire sa femme par les cheveux pour l’égorger ailleurs que dans le cabinet. » (p. 96). Or, le texte dit tout autre chose, à savoir que « la prenant d’une main par les cheveux, et de l’autre levant le coutelas en l’air, il allait lui abattre la tête2. » Si Barbe bleue tient les cheveux de sa femme d’une main, ce n’est donc pas pour la tirer vers un autre endroit (ce qui irait par ailleurs contre l’idée d’une femme abattue à un endroit et de son corps conservé dans un autre…), mais simplement pour dégager sa nuque et faciliter la décollation, comme le représente par ailleurs clairement la gravure de Clouzier accompagnant l’édition originale de 1697 (fig. 1).
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Dans son premier chapitre, la chercheuse reprend l’association psychanalytique traditionnelle faisant de la clé un symbole phallique, les deux – pénis et clé – étant de forme oblongue et de nature à pénétrer un orifice. Pour cela, elle met en valeur une version populaire du conte, écossaise, où l’époux monstrueux (ici un cheval) décapite ses femmes à l’aide d’une hache. Jennifer Tamas en conclut : « Les symboles phalliques s’accumulent d’un conte à l’autre. Du coutelas à la hache en passant par la clef qui, dans l’illustration de Gustave Doré, est tellement énorme qu’elle fait loucher Barbe Bleue, les objets verticaux et tranchants n’en finissent pas de faire saigner les jeunes femmes. » (p. 63-64) Quatre choses ne vont pas ici.
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La première est qu’il est difficile de faire de la hache un symbole phallique, car si c’est une arme coupante, elle n’est pas pénétrante (arme de taille et non d’estoc), et ne peut donc que difficilement être associée à un phallus.
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La deuxième est que, de manière similaire, il est difficile de faire de la clé un « objet tranchant », et que par ailleurs un phallus n’est pas tranchant mais pénétrant (c’est d’ailleurs pourquoi la clé, pénétrante, peut être considérée comme un symbole phallique).
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La troisième est que, dans l’image de Gustave Doré (fig. 2), Barbe bleue ne louche pas. Jennifer Tamas a raison de souligner le fait que l’illustrateur insiste avec force sur le motif de la clé, éminemment visible parce qu’il se situe au centre de la gestuelle des deux protagonistes, mais aussi parce que la clé du cabinet interdit est d’une grosseur supérieure aux autres clés du trousseau, contrairement d’ailleurs au texte de Perrault qui la présente comme « petite » (il eut été intéressant que l’autrice fasse remarquer ce paradoxe !). En revanche, il est manifeste que Barbe bleue, dans l’image de Doré, a le regard tourné vers sa femme, et non vers la clé : c’est le regard de l’épouse qui, au contraire, semble rivé à la clé qu’elle s’apprête à prendre dans ses mains. Barbe bleue ne louche donc pas, ses yeux sont exorbités pour montrer sa colère et surtout son autorité (il « fait les gros yeux »). D’ailleurs comment pourrait-il loucher sur une clé si celle-ci est énorme ? Et le fait de loucher ne le rendrait-il pas ridicule alors même que le personnage représenté par Doré se veut terrifiant ?
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La dernière, enfin, est plus gênante et moins anecdotique : il s’agit d’un problème de méthode, qui consiste à déduire de l’omniprésence (on l’a vu très discutable) d’un motif dans plusieurs objets culturels (textes, récits de tradition orale, images) son importance dans l’analyse d’un seul objet (ici le texte de Perrault). En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’on voit des objets phalliques dans plusieurs versions ou réécritures de Barbe bleue, qu’on peut en déduire son importance dans la version de Perrault en particulier. Bien au contraire, on peut se demander s’il ne s’agit pas ici d’un biais interprétatif dû à la fréquentation d’autres versions, voire d’un anachronisme au mauvais sens du terme : ici la projection d’une grille de lecture psychanalytique du XXe siècle sur un texte de l’Ancien Régime. La psychanalyse ayant, à l’instar de la philosophie, prétention à l’intemporalité de son point de vue, les choses resteront à l’état de la discussion savante, mais il est en tout cas difficile méthodologiquement de déduire d’une illustration du XIXe siècle le fait que des motifs phalliques travailleraient en profondeur un texte du XVIIe siècle : ce n’est pas que cela serait faux en soi, mais il faudrait le montrer à partir du texte lui-même et de son contexte direct, et non à partir d’objets culturels ultérieurs qui en constituent autant de réinvestissements sémantiques.
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Toujours dans le second chapitre, on aurait aimé que, à un moment ou un autre de son argumentation concernant l’importance culturelle de la défloration et du sang des premières noces, l’autrice indique que, d’un point de vue biologique, la rupture de l’hymen n’est pas du tout une conséquence systématique du premier rapport sexuel, et donc de la « défloration » d’une jeune fille. Non seulement certaines jeunes filles n’ont pas d’hymen, mais la plupart des premiers rapports vaginaux conduisent à une détente de cette membrane non entièrement close se trouvant à l’entrée du vagin, et non à une déchirure. Partant, l’idée que le saignement doit nécessairement accompagner la fin de la virginité est tout à fait culturelle (ce que Jennifer Tamas ne mentionne qu’en passant en situant p. 60 cette question dans « l’histoire des représentations ») : cela aurait pu avantageusement être souligné, développé par l’autrice pour insister sur le caractère coercitif du contrôle masculin des corps féminins qui en l’espèce ne correspond pas à la réalité biologique des corps. Sans cette précision le lecteur non averti a au contraire l’impression que cette histoire de défloration sanglante est fondamentale dans la sexualité humaine y compris du point de vue biologique, ce qui est faux.
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Dans le sixième chapitre, l’autrice montre qu’il y a un changement de rapport de force entre les époux à la fin du conte, le mari étant féminisé et donc placé en situation dominée du fait de l’emploi d’un déterminant féminin au moment où il est mis à mort : « Sa femme le plume et récupère tout le capital des épouses précédentes. Elle jouit alors d’un statut enviable au XVIIe siècle, celui de veuve. Elle gagne une identité juridique. Perrault montre un homme victime de sa femme : la Barbe bleue, ce féminin soulignant soudain que le rapport de force s’inverse. » (p. 185, c’est l’autrice qui souligne) Or, ce déterminant est employé dès le début du conte, à un moment, donc, où Barbe Bleue occupe une position dominante et n’est pas encore renversé : « La Barbe bleue pour faire connaissance, les mena avec leur mère, et trois ou quatre de leurs meilleures amies, et quelques jeunes gens du voisinage, à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers3. » Le féminin n’apparaît donc pas de manière « soudaine », puisqu’il apparaît en réalité en outre dès le titre du conte (fig. 1). La thèse d’un renversement général de la situation entre les époux n’est certes pas bousculée, qui se constate déjà à une lecture naïve du récit, mais l’accord en genre du déterminant n’y fait rien, et la micro-lecture du texte ici n’est pas pertinente.
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Dans le septième chapitre, Jennifer Tamas affirme que le mot château « n’apparaît nulle part » dans le texte (p. 216), ce qui est vrai pour l’édition de 1697, mais faux pour le manuscrit de 1695, où il apparaît tout à fait4. Cela ne remet pas en cause l’idée de brouillage ou d’« ambiguïté géographique » orchestrée par Perrault, bien au contraire, mais permet en partie d’expliquer pourquoi l’illustration (fig. 1), qui représente un château médiéval, ne « colle » pas avec le texte qui semble plutôt faire état d’une demeure en ville : si l’illustration de 1697 représente un château, c’est parce qu’elle interprète celle de 1695 où l’idée de château restait en partie accréditée par le texte. En revanche, on aurait aimé que l’hypothèse de lecture de Pierre-Emmanuel Moog comme quoi la maison de Barbe Bleue se situe à Saint-Germain-des-Prés, toute séduisante qu’elle soit, ne soit pas traitée tout au long de l’ouvrage par l’autrice comme quelque chose de parfaitement démontré : comme elle le dit elle-même par ailleurs, le texte de Perrault reste sur ce point fondamentalement ambigu.

Maintenant les points plus structurels, ou plus importants du point de vue de l’argumentation générale de l’ouvrage.
Dans son premier chapitre, Jennifer Tamas met au jour de manière particulièrement pertinente et informée les « injonctions contradictoires qui structurent la société d’Ancien Régime » (p. 42). Éduquées dans l’ignorance et dans un idéal de pureté virginale, les jeunes filles sont ensuite amenées à devoir accepter, voire désirer contre leur propre gré leurs maris : « à désirer la violence de son mari et à violenter son propre désir » (p. 42) ; parallèlement, les hommes doivent chérir au plus haut point la virginité physique et morale de leurs épouses, gage de leur valeur morale, mais aussi continuer à les aimer une fois qu’elles sont « devenues femmes ». Ces injonctions contradictoires irriguent en profondeur l’histoire de La Barbe bleue, mais Jennifer Tamas croit pouvoir en voir une preuve supplémentaire dans le fait que, dans certaines réécritures du récit de Perrault plus ou moins proches de l’hypotexte (The Bloody Chamber d’Angela Carter, ou encore le genre très contemporain de la dark romance), un désir trouble vis-à-vis d’un mari ou d’un compagnon violent se fait jour dans la psyché des jeunes femmes. Le désir sexuel se mêlerait de lui-même de dégoût, de peur ou d’appréhension, dans une sorte de relation sado-masochiste qui ne dirait pas son nom, et permettrait de mettre au jour un phénomène sinon universellement, du moins très largement partagé : « Les réécritures de La Barbe bleue font écho à une expérience que tout un chacun (ou chacune) peut avoir vécue : nous n’avons parfois aucun doute que l’être qui nous attire nous fera du mal, même si un désir irrépressible nous pousse à nous engouffrer dans cette brèche. » (p. 51) L’autrice termine son chapitre en développant ce principe de « souffrance-plaisir » d’abord dans le registre de « l’expérience biologique des corps féminins » (p. 52), ensuite dans celui de l’expérience mystique du Christ.
- Jennifer Tamas explique donc à cet endroit que le corps des femmes est « marqué d’un rapport au sang et à la souffrance : règles, pénétration, accouchement », ce qui est difficilement contestable (sauf, on l’a vu, et heureusement pour la sexualité féminine, en ce qui concerne la pénétration). Mais le long développement suivant, qui décrit ce qui se passe dans un accouchement qui s’accompagne de douleurs telles qu’aucun homme ne pourrait en vivre, mais aussi « de la plus extatique des euphories » du fait de la sécrétion d’endorphines, semble sans rapport aucun avec le rapport amoureux dont il est question dans le texte de Perrault comme dans ceux de Carter ou des autrices de dark romance. Aussi apparaît-il pour le moins étrange, pour ne pas dire cavalier, de rapprocher le phénomène biologique de l’accouchement du principe masochiste de « souffrance-plaisir », qui à priori relève de la sexualité – et d’une sexualité bien spécifique, qui ne peut en aucun cas être élargie à l’ensemble de la sexualité féminine – et non de la reproduction. On pourra bien sûr dire que sexualité et reproduction sont liées, ne serait-ce que parce qu’elles concernent les mêmes organes, mais faire de la seconde la cause de la première, comme semble le faire Jennifer Tamas, me semble problématique de deux points de vue. Tout d’abord, il me semble que cela relève d’une centration de la sexualité féminine sur les organes génitaux, comme l’indique l’accumulation « règles, pénétration, accouchement », alors même qu’une vision à la fois plus objective et positive de la sexualité féminine fait du corps entier un sujet de plaisir. Ensuite, il me semble qu’en réduisant le principe de souffrance-plaisir à une question d’habituation du corps des femmes à la souffrance, ou à une association symbolique du plaisir sexuel aux douleurs du bas-ventre, l’autrice ne fait justice ni à la réalité de ce qui se passe dans une relation masochiste, qui relève en bonne partie d’un désir psychologique d’anéantissement de soi et non seulement de souffrance physiologique (on pourra relire Sacher-Masoch pour s’en convaincre), ni à la réalité non masochiste des aspirations sexuelles d’une part non négligeable (majoritaire…?) des femmes. En tout état de cause, il est à minima étrange de lire ce passage sur l’accouchement à la fin d’un chapitre consacré en grande partie au désir sexuel féminin : d’abord parce que je ne pense pas qu’il serve beaucoup le propos de l’autrice, ensuite parce que la distinction n’est jamais très évidente dans ce passage entre ce qui relève du biologique et ce qui relève du culturel, ce qui n’est pas sans provoquer une certaine gêne d’un point de vue féministe qui viserait à distinguer aussi clairement que possible entre sexe et genre. Jennifer Tamas voudrait-elle dire ici que, parce que les femmes portent leurs accouchements dans un mélange de douleur et d’euphorie, elles seraient destinées à désirer la souffrance dans leurs plaisirs ? Ce n’est probablement pas ce qu’elle veut dire, mais c’est ce que son texte laisse clairement entendre.
- Lier ensuite cette question de la souffrance-plaisir à l’oeuvre dans le corps des femmes parturientes aux « extases mystiques » du Christ me semble encore plus malvenu. « Si le destin corporel des femmes a été fondé sur l’expérience d’une souffrance-plaisir (de la défloration à l’injonction d’enfanter dans la douleur), sa traduction symbolique pour le corps des hommes apparaît à travers le Christ porté en croix. » (p. 53) Tout d’abord, parler d’« injonction d’enfanter dans la douleur » peut renvoyer à deux choses : soit à l’injonction divine à enfanter dans la douleur dans le récit biblique de la Genèse lors du renvoi d’Adam et Eve du jardin d’Eden, soit à une injonction patriarcale qui, dans certaines cultures ou religions, interdirait aux femmes l’anesthésie locale lors des accouchements. Dans les deux cas, il s’agit de phénomènes culturels, qui comme pour la défloration sont certes à mettre en relation avec une expérience physiologique largement partagée, mais ne sont pas me semble-t-il à mettre en relation avec un quelconque « destin corporel », sauf à mettre sur le banc de touche des décennies de réflexion féministe, ou bien au contraire à considérer ce « destin corporel » encore une fois comme une injonction culturellement déterminée, mais encore faudrait-il dans ce cas le préciser. Quant au fait de vouloir traduire cette « souffrance-plaisir » de l’accouchement dans le corps masculin du Christ, cela me semble relever de la libre association d’idées plutôt que d’une véritable mise en relation relevant de l’histoire culturelle. Il est tout à fait vrai en effet que l’extase mystique a pu dans l’histoire des mystiques et des martyres, chez Thérèse d’Avila par exemple, ou dans la représentation iconographique de saint Sébastien, emprunter les voies d’une sensualité qu’on peut rapprocher de celles d’une extase sexuelle. Mais dans la théologie catholique classique qui est celle de la France de Perrault, la souffrance du Christ ne s’accompagne d’aucun plaisir, plaisir qui ne peut de ce fait se constater dans le tableau du Christ mort soutenu par deux anges de Bellini décrit par l’autrice (de quelle version veut-elle d’ailleurs parler, celle de Berlin ou de Venise ?). Dans ce tableau en effet le Christ est mort, non mourant. Partant, il ne peut ressentir aucun plaisir positif, et seul un sentiment de quiétude ou d’apaisement a pu être déposé sur les traits du Christ par le peintre. En tous les cas, et même si l’on admettait la possibilité (très discutable) d’une souffrance-plaisir du Christ, il me semble impertinent, pour ne pas dire gênant eu égard à la spécificité des souffrances féminines, de comparer sa condition à celle des femmes parturientes. Et de toute façon hors de propos d’établir la moindre relation entre la Passion du Christ et l’histoire de Barbe bleue : à tout le moins, on peut considérer que s’il s’agit là d’une digression, elle nous emmène vraiment très loin du sujet principal.
Dans le deuxième chapitre, Jennifer Tamas se propose de revenir sur les enjeux de la nuit de noces, celle-ci n’étant pas décrite ni même mentionnée dans le texte de Perrault. Le sujet serait « occulté » (p. 59), l’accès à la scène de consommation du mariage serait « barré » (p. 60), et l’autrice va même jusqu’à supposer que « pour respecter les bienséances de l’époque, [Perrault] passe sous silence le moment de la défloration » (p. 61) en ne mentionnant pas le sang du premier rapport sexuel, alors même que le texte « est saturé du sang des victimes » (p. 61) et inviterait au contraire à évoquer les violences d’une nuit de noces qui, dans les sociétés d’Ancien Régime comme dans celles du 19e siècle étudiées par l’historienne Aïcha Limbada, constituent la norme, au point d’être vécues comme une « mise à mort à la fois symbolique et réelle » (p. 64).
- Nonobstant la question méthodologique non résolue qui consiste à déduire d’une ellipse du texte un élément qui aurait été, consciemment ou non, « occulté » par son auteur, je voudrais attirer l’attention sur un autre moment de l’argumentation de l’autrice, où celle-ci tente de reconstituer (p. 74-76) la chronologie des événements. Jennifer Tamas attire l’attention sur le fait que le départ de Barbe bleue pour affaire a lieu « au bout d’un mois » après le mariage ; elle en déduit que ce délai a servi pour le mari à « constater que sa femme n’a plus ses règles ». « Rassuré sur l’authenticité de cette filiation, il peut néanmoins redouter que son épouse ne le trompe, d’autant que, si elle est déjà enceinte, cet écart conjugal n’aura aucune conséquence. Pour la garder à la maison alors qu’il lui annonce son absence pour six semaines, il la piège en éveillant sa curiosité. Il se soustrait à sa vue, mais son retour inopiné le soir même prouve qu’il n’a pas dû aller bien loin. […] En s’éloignant, il attire chez lui la curiosité des femmes qui pourraient constituer le vivier dans lequel il continuera de puiser. En rentrant le soir même, il les surprend, mais prend soin d’attendre le lendemain pour demander à son épouse de lui rendre les clefs, c’est-à-dire le moment où les invitées ont quitté les lieux. Ces femmes, dont la curiosité a été assouvie, n’ayant aucune motivation à revenir, Barbe Bleue a donc réussi à maintenir sa femme chez lui et à l’isoler malgré son entourage. Partir pour revenir brutalement et surprendre sa femme trahit une angoisse. Aviver la curiosité de l’autre est un leurre pour cacher et satisfaire la sienne : la peur d’être désobéi masque celle d’être trompé. Cette hantise ancestrale est plus aiguë pour les hommes, car elle touche à l’angoisse de la filiation, le mari pouvant toujours douter de sa paternité. » Si je fais ici une longue citation du texte de la chercheuse, c’est non seulement parce que son cheminement est difficile à résumer, mais aussi pour montrer à quel point l’hypothèse de départ (le délai d’un mois permet de vérifier l’apparition ou non des règles) entraîne, comme une avalanche, un flot d’autres hypothèses qui veulent donner une cohérence à un texte dont les ellipses posent en effet indubitablement question (par exemple ici : que sont devenues les « amies » de l’épouse invitées la veille dans la maison de Barbe bleue au moment où celui-ci l’accuse ?). Malheureusement, ces hypothèses ne résolvent pas tous les problèmes narratifs, parmi lesquels : si Barbe bleue attend le lendemain de son retour pour que les « amies » de Barbe Bleue soient parties, comment expliquer que sœur Anne, elle, est restée, comme l’atteste la suite de l’histoire (à moins qu’elle ne soit arrivée entre-temps…) ? Et si le but de Barbe Bleue est de tester la fidélité de son épouse du fait d’une angoisse de filiation, en quoi ce test d’obéissance, lié qui plus est au passé amoureux de l’époux (et non aux désirs amoureux de l’épouse), peut-il l’y aider ? On comprend bien qu’une preuve d’obéissance équivaudrait à une marque de soumission, et par conséquent permettrait de manière indirecte à Barbe Bleue de se rassurer sur la fidélité de sa femme : malgré tout, tester la curiosité de sa femme au sujet d’un cabinet au sein de sa propre maison n’équivaut pas à tester sa curiosité quant à la fréquentation charnelle d’autres hommes que lui. Vouloir reconstituer la chronologie des faits comme s’il s’agissait d’événements réalistes, sur le modèle d’une enquête policière ou à la manière de Pierre Bayard, ne semble en définitive pas aboutir ici à quelque-chose de beaucoup plus cohérent que le texte d’origine.
- Par ailleurs, accumuler les hypothèses de lecture ne vaut pas démonstration, et le lecteur restera sur sa faim concernant les véritables raisons de l’élucidation du crime, dans la mesure où dans ce chapitre la chercheuse explore d’autres pistes encore, certaines étant contradictoires avec celle d’un Barbe Bleue angoissé par l’adultère (par exemple celle d’un Barbe Bleue angoissé d’avoir un enfant, « qui saigne sa femme pour la punir de ne plus saigner », p. 815), sans en disqualifier aucune de manière explicite. Ce qui provoque un grand intérêt du lecteur du fait de ces explications en cascade, mais aussi une certaine confusion quand il s’agit de suivre le raisonnement de l’autrice au fil du livre. D’autant plus quand, au sixième chapitre, elle explique en fin de compte que c’est la jeune épouse qui aurait piégé son mari pour lui prendre ses richesses, peut-être de manière préméditée : « Perrault ne nous dit pas tout, mais sème des indices. Le texte stipule que, si l’héroïne supplie sa sœur de guetter l’arrivée de ses frères, c’est que ceux-ci lui avaient “promis de venir aujourd’hui”. Aurait-elle prémédité son crime ? Le conte suggère en tout cas qu’elle est rusée et manipulatrice. » (p. 185) On voit mal en effet comment concilier le fait que Barbe Bleue aurait surpris sa femme en revenant plus tôt que prévu (chap. 2), et en même temps que sa femme ait demandé à ses frères de venir la voir le jour précis où elle devait être condamnée à mort par son époux (chap. 6). Jennifer Tamas ne résout pas le problème en affirmant le caractère manipulateur de l’épouse, dont rien dans le texte ne permet de témoigner de manière positive : même si c’était le cas, la contradiction reste patente, rien ne colle dans l’établissement des faits, et le mystère reste entier.
Enfin, dans son septième chapitre, en grande partie consacré à l’idéal du célibat prôné par une contemporaine de Charles Perrault, Gabrielle Suchon, Jennifer Tamas tente de mettre au jour un mécanisme de projection, selon lequel le mari tenterait de punir sa femme pour sa curiosité, alors même que cette curiosité serait le fait du prédateur : « Barbe Bleue attribue à sa femme sa curiosité morbide en allumant chez elle un désir de voir et de savoir, alors même que c’est lui qui collectionne des cadavres dans une chambre obscure. » (p. 222) Mais de quelle curiosité masculine s’agit-il ? Rien dans le texte de Perrault, encore une fois, ne met explicitement sur la piste d’un Barbe Bleue curieux, et c’est donc en « interrogeant les silences du texte » (p. 181) et en faisant appel à des textes connexes que l’autrice entend défendre cette piste de lecture. Quand on remonte plus haut dans l’ouvrage, ce motif de la curiosité de Barbe Bleue apparaît à deux endroits différents. À la fin du chapitre 2 (où il est question, donc, de défloration et d’angoisse de paternité), la chercheuse nous explique que « le ventre féminin est pour l’époux un autre cabinet secret, dont il ne possède pas la clef, et vers lequel se dirige une curiosité qui ne trouve pas les moyens de se dire ». Au cours du chapitre 4, consacré justement à la question de la curiosité, la chercheuse abordait par ailleurs déjà ce « mécanisme de projection », à la racine selon elle d’un « victim blaming » (p. 132), en s’appuyant d’une part sur le renversement de culpabilité opéré par Perrault dans sa première moralité, d’autre part sur l’intertexte du conte de Psyché d’Apulée. Dans ce dernier texte, où Psyché, si belle que les hommes lui vouent un culte tel qu’il amène Vénus, jalouse, à demander à son fils Amour de la punir, on retrouve en effet une curiosité masculine dans le regard prédateur que l’ensemble des hommes portent sur la beauté de Psyché, beauté qui fait d’elle une « bête curieuse et l’objet de tous les regards, si bien que même le dieu Amour en est aimanté. […] C’est lui le curieux, qui a jeté un regard de prédation sur Psyché jusqu’à l’enlever, mais est curieuse celle qui tente d’éclaircir cette énigme. C’est lui qui a transgressé l’ordre de sa mère [Vénus], mais c’est elle qui est punie pour sa transgression. On retrouve le même procédé qui opère dans La Barbe Bleue. » (p. 137). Or, s’il est tout à fait vrai qu’on retrouve dans le conte de Perrault le même procédé d’inversion de la culpabilité (ou victim blaming) qu’on retrouvait dans celui de Psyché, rien ne laisse entendre dans le conte de Perrault le fait que la jeune fille, avant son mariage avec Barbe Bleue, était « l’objet de tous les regards » et suscitait une curiosité charnelle ou même esthétique chez Barbe Bleue ou qui que ce soit dans son entourage, dans la mesure où les deux sœurs sont « parfaitement belles », et que c’est littéralement la cadette qui choisit d’épouser Barbe Bleue après que celui-ci lui ait retourné l’esprit à force de « parties de chasse et de pêche, […] danses et festins, […] collations6 ». Ce qui est évoqué dans le texte de Perrault, plutôt que la curiosité de Barbe Bleue à propos d’une femme en particulier (les deux étant également belles, et Barbe Bleue laissant le soin à la mère de choisir laquelle elle consent à lui donner pour épouse), c’est la curiosité de la jeune femme qui consiste à vouloir prolonger l’état de grâce des « danses et festins », et peut-être découvrir les richesses de Barbe Bleue. Le « mécanisme de projection » que met en valeur Jennifer Tamas repose donc soit sur une métaphorisation du ventre des femmes comme « cabinet interdit », elle-même fondée sur une accumulation d’hypothèses de lecture plutôt que d’observations textuelles ou contextuelles, soit sur un texte qui n’est pas celui de Perrault. Il est partant difficile d’y voir quoi que ce soit d’autre qu’une nouvelle hypothèse de la chercheuse, encore une fois peu fondée dans la réalité textuelle ou contextuelle du texte des Histoires ou contes du temps passé. On pourra sans doute arguer avec justesse que le conte de Psyché est à l’arrière-plan de celui de Perrault, et fait donc partie de sa réalité contextuelle – ici intertextuelle. Mais La Barbe Bleue n’étant pas une simple transposition du récit d’Apulée, et rien ne permettant d’y voir la trace d’une curiosité masculine, il me semble délicat d’y « remplir les blancs », ou d’en faire parler les silences, au risque de nier sa singularité en le considérant comme un décalque « occulté » du conte antique dont il s’inspire.
Un texte labyrinthique, une enquête impossible
Ces défauts argumentatifs – ou ce que je considère comme tels – m’amènent à penser que Jennifer Tamas s’est un peu perdue dans ce texte complexe et problématique, car semé d’embûches pour qui tente d’y trouver une vraisemblance réaliste, une cohérence narrative comparable à celle d’un scénario de série policière. Le château de Barbe Bleue est un labyrinthe, notamment du fait de ses ellipses (pourquoi au juste Barbe Bleue veut-il se marier ? combien de femmes a-t-il tuées ?) , de ses bizarreries (pour quelle raison la barbe est-elle bleue ? pourquoi l’épouse ne regarde-t-elle pas directement les cadavres dans le cabinet ?) ou de ses incohérences (si toutes les amies semblent parties, comment sœur Anne est-elle restée ?), et on comprend que l’autrice ait pu s’y perdre. S’inspirant probablement de la démarche de Pierre-Emmanuel Moog dans La Fabrique des contes de Perrault (Classiques Garnier, 2024), Jennifer Tamas fait à un moment de son livre l’hypothèse d’une cohérence générale du récit accessible via une lecture littérale, au plus près du texte : « Plusieurs études savantes [de Jean-Paul Sermain ou Marc Escola] s’appuient sur cet écart [entre les deux morales du conte] pour souligner l’ironie de Perrault, qui joue avec l’incohérence propre au genre du conte. Je fais l’hypothèse contraire : c’est en prenant Perrault au pied de la lettre que surgit une cohérence qui confère au conte un sens inattendu. » (p. 183). Cette cohérence « inattendue », pourtant, ne s’appuie pas tant sur la lettre du texte que d’une part sur ses ellipses, qui permettent de lui poser des questions (parfois) nouvelles, d’autre part sur une intertextualité permettant d’éclairer le récit de Perrault sous un nouveau jour. Quant à la « cohérence » elle-même, elle n’apparaît que difficilement à la lecture du livre, tant le nombre de pistes ouvertes est grand, qui parfois sont qui plus est contradictoires entre elles, ou peu pertinentes (je ne comprends toujours pas le rapport entre Barbe Bleue et les incels…).
Cette enquête relève-t-elle donc de la « contre-enquête » ? Si une contre-enquête se veut une vérification des enquêtes antérieures à l’aide d’une mise à plat des pièces du dossier d’une part, de la mise à jour de nouvelles pièces versées au dossier d’autre part, force est de reconnaître que, malgré l’intérêt indéniable de certains rapprochements textuels, de certaines pistes interprétatives, et de nouvelles pièces d’archives permettant d’éclairer les usages matrimoniaux de l’époque, ne sont présentes ni la mise à plat de la totalité pertinente des pièces du dossier, ni une discussion raisonnée des précédentes « enquêtes » sur le sujet7. En fait de contre-enquête, on a donc droit à une enquête supplémentaire, qui n’est pas sans enseignements et sans intérêt, bien au contraire, et dont les réflexions sont parfois extrêmement fines et convaincantes (par exemple sur le processus d’inversion de la culpabilité, ou sur celui du pouvoir qui « n’est jamais vécu sur le mode de la plénitude, mais sur celui du manque », p. 231). Mais qui doit être lue comme un essai, parfois trop hâtivement écrit et manquant de rigueur dans les détails, et non comme une restitution définitive des plans du labyrinthe.
Je ne jette toutefois pas la pierre à Jennifer Tamas : peut-être tout simplement cette tâche de reconstitution de la vraisemblance du texte est-elle tout bonnement impossible ? Ce serait en tout cas mon point de vue, considérant qu’un conte ne se lit pas comme un roman policier : c’est donc faire violence à ce texte que lui imposer une logique générique de nouvelle réaliste qui n’est pas la sienne. Il serait donc vain de vouloir à toutes forces « faire parler les silences » pour arriver à rendre cohérente, réaliste, une histoire qui ne l’est pas – et ne peut pas l’être, tant est ambigu le texte de Perrault, et mystérieux le cabinet interdit. Tout au plus peut-on, de mon point de vue, tenter de reconstituer la cohérence symbolique singulière de certaines de ses variations historiques, et de comprendre la logique sous-jacente à leur évolution dans le temps et dans l’espace. Mais il s’agit là d’une autre histoire.
L’histoire fournie par Jennifer Tamas est en tous les cas riche d’enseignements concernant une certaine lecture contemporaine du conte, préoccupée par les rapports difficultueux entre hommes et femmes, à l’heure du mouvement #metoo et de son backlash masculiniste, de même que le livre de Lucile Novak De grandes dents était passionnant du point de vue d’une relecture contemporaine du conte du Petit Chaperon rouge à travers le prisme de la pédophilie et de l’inceste. S’il s’agit, en revanche, de fournir un plan du château de Barbe Bleue, et de résoudre l’enquête sur les féminicides de Barbe Bleue aussi bien que sur le meurtre de ce dernier par ses beaux-frères, le mystère restera non résolu. Probablement parce qu’il n’est pas résoluble, et que le labyrinthe de ce texte, pourtant si court et d’apparence si claire, a été conçu sans sortie possible.
1 Je remercie Patricia Lojkine de m’avoir éclairci ce point linguistique.
2 Charles Perrault, Contes, éd. Tony Gheeraert, Paris, Honoré Champion, 2012, p. 208.
3 Idem, p. 202.
4 Idem, p. 330.
5 Au passage, vu que nous ne sommes plus à une hypothèse près, on peut aussi se demander si ce ne serait pas au contraire un retour inattendu des règles qui mettrait en furie l’époux au bout d’un mois de mariage, dans une angoisse d’impuissance à avoir le moindre héritier, ou de colère visant l’impuissance supposée de sa nouvelle femme, colère qui trouverait un exutoire dans un châtiment machiavéliquement orchestré contre elle. Cette hypothèse de l’impuissance du mari est également évoquée par la chercheuse, mais sans la mettre en relation avec la piste équiprobable d’un retour des règles de l’épouse, conséquence d’une absence de nuit de noces ou d’une infertilité de Barbe Bleue.
6 Idem, p. 202-203.
7 Par exemple celles, récentes, de Maria Tatar, d’Ute Heidmann ou de Pierre-Emmanuel Moog, mais aussi, plus anciennes, de Jean-Marie Apostolidès ou de Catherine Velay-Vallantin, qui toutes apparaissent dans la bibliographie et sont utilisées par la chercheuse, mais ne sont jamais discutées explicitement. Par ailleurs, il manque beaucoup de pièces conséquentes au dossier (qui il est vrai est énorme…) qui ne sont pas même évoquées de manière succincte, à savoir notamment la question des variations entre le manuscrit de 1695 et la première édition de 1697, ou la question épineuse de la paternité des contes, dont personne ne peut assurer de manière certaine qu’ils soient entièrement de la main de Charles Perrault. Ce livre n’était pas le lieu, bien sûr, de telles explorations de détail, mais il mérite dans ce cas difficilement le titre de « contre-enquête », dans la mesure où la question de l’auctorialité des contes, par exemple, importe au plus haut point s’il s’agit d’attribuer ou non ce texte à l’auteur de L’Apologie des femmes.






